Sur le papier, je suis créatrice.

C’est pratique, comme mot "Créatrice"
Ça tient sur une ligne et ça évite d’expliquer que dans une même journée je peux être photographe, webmaster, préparatrice de commandes, service client, community manager, acheteuse, comptable et, lorsque l’alignement des planètes est particulièrement favorable… réellement créer quelque chose.
Lolie’z va bientôt fêter ses 3 ans. Trois ans à imaginer, fabriquer et envoyer mes créations artisanales. Mais aussi trois ans à découvrir qu’avoir son propre small business, c’est surtout accepter d’exercer approximativement quatorze métiers avec un seul cerveau.
Et comme il existe encore quelques mythes sur la vie merveilleuse de la créatrice qui passe tranquillement ses journées dans son atelier à fabriquer de jolies choses… on va en casser deux-trois.
"T’es juste créatrice, quoi…"
Oui. Et photographe, graphiste, commerciale, comptable, webmaster, SAV… Mais "créatrice", ça tient mieux sur une ligne.
Quand j’ai créé Lolie’z, évidemment que l’idée était de créer. Imaginer de nouvelles collections, choisir les couleurs, tester des associations, travailler la résine époxy, graver, découper et recommencer parce que le résultat dans ma tête était beaucoup mieux que celui posé devant moi.
Ça, c’est la partie visible.
Ce qu’on voit beaucoup moins, c’est tout ce qu’il faut faire pour qu’une création passe de mon atelier à chez toi : la photographier, retoucher les photos, écrire sa fiche produit, la mettre en ligne, gérer le site, communiquer dessus, répondre aux messages, commander les matières premières, suivre les stocks, préparer la commande, l’emballer et l’expédier.
Et éventuellement trouver cinq minutes pour me demander pourquoi je me suis encore lancé une nouvelle idée alors que j’en avais déjà douze en cours.
"T’as une équipe derrière Lolie’z ?"
Énorme. On utilise toutes le même numéro de Sécu.
C’est probablement l’un des trucs qu’on imagine le moins lorsqu’on commande auprès d’une petite entreprise artisanale.
Quand tu vois une photo sur Instagram, quelqu’un l’a préparée. Quand une nouveauté apparaît sur le site, quelqu’un a créé la fiche. Quand ton colis arrive emballé, quelqu’un l’a préparé. Quand tu envoies un message, quelqu’un te répond.
Chez Lolie’z, ce "quelqu’un" a une fâcheuse tendance à être toujours la même personne.
"Qui fait les photos de tes produits ?"
Le service photo. C’est moi avec un autre pull.
Parce qu’une création terminée, ce n’est encore que le début. Il faut ensuite construire tout l’univers visuel qui va autour, trouver la bonne ambiance, garder une cohérence entre les collections et préparer les visuels pour le site, les réseaux et tout ce qui fait l’identité de Lolie’z. Bref, fabriquer une création, c’est une chose. Lui construire tout un univers derrière, c’est encore un autre métier.
Et devine qui s’en occupe.
Toujours moi.
"Et qui s’occupe de ton site ?"
Le service informatique. Toujours moi, mais beaucoup plus énervée.
Parce qu’avoir une boutique en ligne, c’est découvrir qu’un site internet a constamment besoin de quelque chose. Une nouvelle collection à installer, une fiche à rédiger, un référencement à améliorer, un bouton à déplacer, une page à refaire… Et puis il y a ce grand classique : le truc qui fonctionnait parfaitement hier et qui, sans aucune raison apparente, a décidé qu’aujourd’hui ce serait non.
Je peux aussi te parler de SEO, méta-descriptions, textes alternatifs, mots-clés, balises et référencement naturel. Des termes que je ne pensais absolument pas maîtriser un jour. Mais ça, c’est encore un autre débat.
C’est généralement à ce moment-là que le service informatique prend ses fonctions. Et enrichit considérablement son vocabulaire.
"Qui prépare les commandes ?"
Le service logistique... Elle ressemble énormément à la photographe.
Chaque commande Lolie’z repasse physiquement entre mes mains.
Je récupère les créations, je vérifie que tout est bon, je prépare l’emballage, le colis, l’étiquette d’expédition et tout ce qui va avec.
Puis arrive ce moment merveilleux où le colis quitte l’atelier et où je le confie à un transporteur.
À partir de là, je découvre une nouvelle activité : regarder un suivi colis beaucoup trop souvent.
"Et pour le SAV, je contacte qui ?"
Moi. Mais avec ma voix professionnelle.
Derrière une petite entreprise, il n’y a pas un gigantesque centre d’appels situé trois étages plus bas.
Quand tu m’écris parce que tu as une question sur une création, une commande ou une livraison, c’est bien moi qui te réponds.
Parfois cinq minutes après avoir fabriqué ton article. Parfois pendant que j’en emballe un autre. Parfois en essayant parallèlement de comprendre pourquoi Instagram a décidé que ma publication n’existait pas.
Ce qui nous amène naturellement au département suivant.
"Ça te prend longtemps de faire un Reel ?"
12 secondes à regarder. 2 heures à regretter mes choix de musique ou de transitions… pour 12 likes et 3 abonnés en moins.
Bienvenue au service communication.
Créer une petite entreprise aujourd’hui, ça veut aussi dire apprendre à photographier, filmer, monter, écrire, publier et essayer de comprendre les réseaux sociaux.
Une nouveauté peut demander des heures de travail avant même que tu la voies passer sur ton écran.
Et parfois, Instagram décide généreusement de la montrer à approximativement sept personnes.
Dont probablement ma mère.
"Pourquoi tu repostes ton produit ? On l’a déjà vu"
Toi oui. Instagram, visiblement non.
C’est aussi ça, les réseaux sociaux d’un small business.
Une création que tu as déjà vue peut être totalement inconnue d’une énorme partie des personnes qui me suivent. Alors je photographie à nouveau, je change la mise en scène, je refais un Reel et je republie.
Puis je retourne faire quelques offrandes à l’algorithme.
On ne sait jamais.
"Ça doit être sympa de créer toute la journée"
Oui. Les 1 h 45 où je crée sont géniales.
Et c’est probablement le plus gros mythe.
Je ne passe pas huit heures par jour tranquillement installée dans mon atelier à fabriquer des Teddy’z en regardant Netflix.
Enfin… Netflix est innocent dans cette histoire.
Créer est au centre de Lolie’z, évidemment. Mais pour pouvoir continuer à créer, il faut que tout ce qu’il y a autour fonctionne aussi : les fournisseurs, les stocks, les commandes, le site, les photos, les réseaux, les mails, les colis, la comptabilité et le SAV.
"Être à son compte, c’est la liberté"
Absolument. Je peux travailler les jours fériés et les week-ends si je veux.
Et attention : j’aime profondément ce que je fais. Sinon, Lolie’z ne serait pas sur le point de fêter ses trois ans.
Mais être entrepreneuse, ce n’est pas avoir supprimé le patron. C’est surtout avoir récupéré son poste... Avec celui de tous les autres.
Alors oui, j’ai la liberté de prendre mes décisions, d’imaginer mes collections et de construire Lolie’z comme je le souhaite.
J’ai aussi la liberté de résoudre le problème quand quelque chose déconne.
"Au moins, personne ne te dit quoi faire"
Shopify, Instagram, l’URSSAF et Mondial Relay aimeraient participer à cette conversation.
Je vais donc laisser ce mythe mourir tranquillement ici.
"Ton chiffre d’affaires, c’est ce que tu gagnes ?"
J’ai eu un petit malaise.
Parce que non.
Entre le prix affiché sur une création et ce qu’il reste réellement à la fin, il y a quelques invités : matières premières, emballages, matériel, consommables, frais liés à la boutique, charges…
Et surtout une chose qu’on oublie très facilement quand on regarde un objet artisanal : le temps.
Le temps pour le fabriquer, évidemment. Mais également tout celui dont je viens de parler : conception, essais, photos, mise en ligne, communication, préparation de commande…
Donc quand quelqu’un me demande : Tu gagnes combien sur une création à 20 € ?
Assieds-toi.
On va faire des soustractions.
Alors oui, créatrice… mais pas que...
Dans quelques jours, Lolie’z fêtera ses 3 ans... le 27 octobre.
Trois années de créations, de collections, de commandes, de colis, de photos, de ratés, de bonnes idées, d’idées beaucoup moins bonnes à 23 h 36, de bugs, de "MAIS POURQUOI ÇA MARCHE PAS ?", de rencontres et d’apprentissages.
Et malgré tout ce que je viens de raconter, il y a une chose qui n’a pas changé : j’aime toujours autant imaginer le prochain truc.
Même si, objectivement, la direction devrait commencer à apprendre à se calmer.
La direction, c’est moi aussi.
Alors oui. Créatrice. Mais pas que...
